Je me suis repris en main, je suis sobre depuis 4 ans. Mais j’ai vécu des moments difficiles et j’en ai fait vivre à ma famille.

Par Jeff Perrett

 

10 ans dans l’uniforme des Alouettes de Montréal…

Tellement de gens à remercier. Je ne sais même pas par où commencer.

D’abord et avant tout, je dois rendre hommage à ma femme. Je repense aux sacrifices qu’elle a dû faire pour me permettre de vivre mon rêve si longtemps, sans jamais se plaindre, avec un sourire sur le visage.

Elle a élevé trois enfants, presque comme mère monoparentale, pendant plusieurs années. Elle a vécu plusieurs épreuves…et elle a toujours été à mes côtés quand je traversais les miennes.

De 2010 à 2013, j’ai souffert d’alcoolisme.

Elle a marché avec moi, elle m’a appuyé jour après jour, malgré tout. C’est aujourd’hui mon bonheur quotidien d’être avec elle. Je ne pourrais jamais la remercier assez.

Mon alcoolisme s’est déclaré pendant que je jouais pour les Alouettes. J’ai réussi à me reprendre en main, je suis maintenant sobre depuis 4 ans. Mais j’ai vécu des moments très difficiles, j’en ai fait vivre aussi à ma famille.

Au début, ce n’était presque rien. Je ne m’en rendais pas vraiment compte. Puis ça a fait boule de neige, jusqu’au jour où c’est devenu impossible à ignorer. Le pire, c’était durant la saison morte. Je n’avais rien à faire. J’ai été chanceux de me pas avoir de problème apparent durant la saison. Le football me tenait trop occupé.

J’ai pratiquement perdu ma femme et mes enfants. J’ai eu besoin d’un ultimatum pour me réveiller et pour me rendre compte de ce qui se passait.

Quand tu es pris au milieu de tout ça, tu ne vois par le problème. Tu crois que tout le monde réagit sans raison, qu’ils ne savent pas de quoi ils parlent. Tu ne comprends pas vraiment ce que tu traverses. Tu veux surtout qu’on te laisse tranquille, qu’on te laisse faire tes petites affaires.

Tu finis par croire que ce sont tous les gens autour de toi qui rendent la situation pire qu’elle ne l’est vraiment, qu’au fond, tu n’as rien à te reprocher.

Il a fallu que ma femme me dise que c’était fini, qu’elle voulait partir avec les enfants. C’est le jour où je me suis ouvert les yeux. C’est le moment précis où je me suis rendu compte de l’enfer dans lequel j’étais plongé.

Deux jours après l’ultimatum de ma femme, je suis entré en maison de traitement. Je n’ai jamais plus eu le désir de boire une seule goutte d’alcool. C’était un moment d’éveil, dans tous les sens de ce mot.

En grandissant, j’ai toujours voulu avoir une femme et des enfants. J’avais tout ça. Et j’ai presque tout perdu en raison d’un problème… je ne peux pas dire idiot… je dois plutôt dire égoïste.

La route a été longue avant que je regagne la confiance de ma femme, mais nous y sommes parvenus petit à petit. Elle a été patiente. Elle est restée avec moi même au moment où la chose à faire, où la décision la plus facile à prendre, aurait été de partir et de me laisser continuer à m’autodétruire. Elle a cru en moi, elle a cru en notre famille, elle a voulu que l’on reste unis.

Sans son amour et son soutien, je ne me serais jamais rendu où je suis aujourd’hui.

 

Luc Brodeur-Jourdain

 

Je tiens aussi vraiment à remercier Luc Brodeur-Jourdain. Quand il a appris que j’avais un problème, il est lui aussi resté à mes côtés. Il m’a toujours fait comprendre qu’il était là, sans jugement, et qu’il voulait m’aider.

Il était là pour que je reste dans le droit chemin. Quand j’ai décidé d’aller en maison de traitement pour devenir sobre, il était là, à l’extérieur. Il savait ce que je vivais et il m’a aidé à traverser mon épreuve. Si j’avais besoin de parler, je savais où aller. Il me prêtait son épaule si j’avais besoin de pleurer.

Je le savais près de moi, surtout durant la saison de football, quand on voit moins souvent nos familles. C’était agréable de se sentir soutenu.

Luc et moi, on est devenus très proches à travers les années. On a grandi ensemble dans l’organisation des Alouettes. C’est un gars formidable, super intelligent. Il m’a donné plusieurs conseils, au football mais surtout sur la vie en général.

Il m’a aidé beaucoup plus qu’il ne le pense. C’est un vrai ami. Il a toujours fait tout ce qu’on attend d’un vrai ami.

Je l’aime. Il a été une partie importante de ma carrière et je m’ennuie vraiment de ne plus jouer avec lui.

Je ne crois pas que mon alcoolisme n’ait jamais vraiment affecté mon jeu sur le terrain. J’aurais peut-être pu être en meilleure forme, j’aurais pu prendre soin de mon corps un peu mieux durant cette période difficile. J’étais plus jeune, mon corps se rétablissait vite.

J’ai senti un peu plus les effets au cours des dernières années. J’essayais encore de me relever des dommages que j’avais infligés à mon corps…

 

Merci

 

Quand je regarde en arrière, maintenant que ma carrière semble être terminée, je veux remercier les Alouettes d’avoir cru en moi.

Je sais qu’ils ont pris une chance. J’étais un choix de 3e tour et ils m’ont laissé jouer alors que j’étais encore tout jeune. J’ai été partant presque toute ma carrière. Le directeur général Jim Popp, je n’ai jamais trop su pourquoi, me tenait en haute estime.

J’ai pu jouer beaucoup de football pour Montréal. On a eu un très bon propriétaire en Bob Wetenhall. C’était l’un des meilleurs propriétaires de la Ligue canadienne. Il aimait ses joueurs, il aimait son équipe, j’ai adoré jouer pour lui.

J’ai été chanceux de jouer en séries avec des membres du Temple de la renommée. J’ai eu des coéquipiers extraordinaires. Anthony Calvillo a été mon quart arrière durant la majeure partie de ma carrière et ç’a été incroyable. J’ai grandi en le regardant jouer quand j’étais au secondaire. Il pratiquait le football de la bonne manière. Je l’admirais. Il était responsable sur le terrain, et à l’extérieur. J’ai pu apprendre de lui.

Bryan Chiu aussi, il a joué au centre longtemps. Il est très brillant. J’ai appris aussi de Dave Mudge. Il a accepté de me montrer le métier, il m’a pris sous son aile. J’ai apprécié tout ce qu’il a fait pour moi. Il m’a montré comment jouer à la position de bloqueur. Je ne crois pas que les gens à l’extérieur du football comprennent vraiment tout l’aspect psychologique de ce sport. Il y a aussi eu Ryan Bomben, Scott Flory et Josh Bourke. Ces gars-là sont des frères à mes yeux.

Rodney Sassi, le thérapeute sportif en chef, a rendu les saisons plus agréables. L’entraîneur-chef Marc Trestman a été immense pour ma carrière. Personne n’aurait connu autant de succès sans lui.

Il y a eu tellement de bons moments… Gagner les Coupes Grey, bien sûr. Mais ce que je retiens par-dessus tout, c’est que j’aimais me rendre au travail tous les jours. Il n’y avait aucun moment où je ne voulais pas aller m’entraîner. J’ai aimé du plus profond de mon cœur tous mes coéquipiers.

 

Choc culturel

 

À mon année recrue, j’ai eu un choc culturel. Je viens d’une petite ville, je suis allé au collège dans une petite ville. J’ai vécu au centre-ville de Montréal lors de ma première saison, et ce n’était ni tranquille, ni petit. Quand j’ai déménagé dans le West Island, ça ressemblait beaucoup plus à la maison. C’était plus lent. Ça nous allait mieux.

Les fans à Montréal sont uniques. Ils n’acceptent pas les demi-mesures. Leur soutien est authentique. Ce sont de vrais fans de football, ils aiment leur équipe, et ils détestent quand ça ne va pas. C’est une superbe qualité qu’ils exigent le meilleur de nous. C’est enrichissant de leur donner ce qu’ils veulent.

Quand j’ai été repêché, je n’étais pas trop sûr. Mais aujourd’hui, 11 ans plus tard, je ne peux pas m’imaginer jouer avec une autre équipe. C’était une expérience fabuleuse et Montréal sera toujours dans mon cœur.

Je vous parlais un peu plus tôt de ma volonté de fonder une famille. Ç’a pesé lourd dans la balance au moment de prendre ma retraite du football. Passer les 4 dernières années sobre et voir à quel point j’aime ma famille, d’avoir des enfants qui t’aiment inconditionnellement, d’avoir une femme merveilleuse…

Je ne voulais plus les quitter et sacrifier cette partie de ma vie. Je ne les ai pas toujours traités comme j’aurais dû. Je ne sais pas si j’essaie de rattraper le temps perdu, mais j’ai seulement envie d’être avec eux tous les jours. D’avoir une relation solide avec mes enfants, de rester près de ma femme.

C’était devenu trop difficile de laisser tout ça de côté 6 mois par année. Aujourd’hui, je suis parfaitement heureux et je suis prêt à passer à la prochaine étape de ma vie.

Je suis maintenant papa à la maison. Ma famille et moi vivons dans le Queens, à New York, depuis quelques années. J’espère devenir enseignant à l’école secondaire. Je suis retourné à l’école pour terminer ma maîtrise. J’espère pouvoir aider à former les esprits des plus jeunes.

Je crois avoir beaucoup à leur raconter.

 

Fiche de Jeff Perrett :

 

Âge : 33 ans

Lieu de naissance : Taber, Alberta

Football collégial : Tulsa, Oklahoma

Repêchage : 3e tour (24e) en 2006 par Montréal

Carrière : 166 matchs en 10 saisons

Honneur : Trophée Leo-Dandurand (meilleur joueur de ligne dans l’Est) en 2014, 2 Coupes Grey (2009, 2010)