Coup sur coup, j’ai perdu ma principale source de revenu provenant de la lutte, et j’ai perdu mon emploi. J’avais deux choix…

 

Par Kevin Owens

 

En 2011, j’ai été mis à pied de l’emploi que j’occupais dans un entrepôt. On m’a dit qu’il n’y avait plus assez de travail.

Presque au même moment, Ring of Honor a décidé qu’elle n’avait plus besoin de moi. ROH est l’une des plus grandes fédérations indépendantes de lutte professionnelle aux États-Unis. J’avais travaillé pour eux de 2007 à 2010.

Coup sur coup, j’ai perdu ma principale source de revenu provenant de la lutte, et j’ai perdu mon emploi. Tout ça tandis que j’avais une femme et un petit garçon de 3 ans qui comptaient sur moi.

J’avais deux choix : trouver un emploi et le faire pour le restant de mes jours. C’est-à-dire laisser tomber la lutte à tout jamais. Ou plonger en faisant le plus de spectacles possible, partout, en Europe, au Japon, en Californie.

Il faut savoir que j’avais fait une croix sur les tournées internationales depuis la naissance de mon fils. Je voulais voir ma femme et mon fils le plus souvent possible. Je me concentrais donc sur ROH, aux États-Unis, pour ne pas partir tout le temps.

Malgré tout, le choix s’est fait inconsciemment. J’avais besoin d’argent et j’ai commencé à accepter toutes les propositions pour lutter. Après quelques mois à me voir partir jeudi, vendredi, samedi et dimanche, ma femme s’est rendu compte que ça marchait.

Kevin Owens remporte le titre Universel de la WWE.

Elle voyait aussi que j’étais heureux. Je faisais ce que j’aimais. Me lever à 4h pour aller à l’entrepôt, je détestais ça. Je n’ai jamais eu cette impression-là avec la lutte.

On s’est dit qu’il y avait peut-être moyen que je gagne ma vie pendant quelques années avec la lutte indépendante. Peut-être aussi que ça déboucherait sur mon rêve de rejoindre la WWE.

En 2011, ma femme a donc fait le sacrifice d’accepter que je mette toutes mes énergies dans la réalisation de mon rêve. Elle ne me l’avait jamais dit avant. Elle m’avait toujours dit qu’elle ne s’imaginait pas élever un enfant presque toute seule.

Quand elle m’a encouragé à tout donner, tout a changé pour moi. Les choses ont déboulé car je me suis mis à lutter sans arrêt, partout. Et j’ai fait tourner beaucoup de têtes. Vous connaissez la suite de l’histoire…

 

Mes parents

 

Ma femme a été primordiale dans la réalisation de mon rêve.

Mais quand j’étais sans emploi et que mon rêve d’accéder à la WWE semblait plus loin que jamais, j’ai aussi pensé à mes parents. En fait, j’ai eu peur de les décevoir.

Il faut savoir qu’ils ont toujours été derrière moi dès le moment où, à l’âge de 11 ans, je leur ai dit que je voulais devenir lutteur. Ils ne m’ont jamais faire sentir que c’était un rêve ridicule. Ç’a même été le contraire : ils ont cultivé ma passion! Mon père a commencé à commander les galas à la télévision payante, à louer des cassettes de lutte. Il regardait la lutte chaque semaine avec moi.

Crédit photo : WWE.com

Ma mère, elle, a même réussi à me trouver un entraîneur de lutte. Elle travaillait chez Olymel à St-Damase et elle connaissait quelqu’un qui connaissait un lutteur. Ce lutteur, Serge Jodoin, avait fait quelques combats pour la WWF mais n’avait jamais percé aux États-Unis.

Tout de même, c’était un lutteur local respecté et j’ai commencé à m’entraîner avec lui à 14 ans dans une grange de St-Césaire. Tout ça grâce à ma mère. L’école de lutte a fermé après un mois car la grange était trop dangereuse, mais entre-temps, Jacques Rougeau a ouvert son école à Montréal.

On est allés rencontrer Jacques dans un ProGym de Montréal, un samedi matin. Je me souviens encore du prix : 2000 $ pour 3 mois, à raison de 3 fois par semaine, ou 2000 $ pour 9 mois à raison d’une fois par semaine.

Quand j’ai entendu ce chiffre-là, j’ai regardé mes parents. Je m’attendais à ce qu’ils me disent que ça n’avait pas de bon sens. Ils n’ont rien dit. Sur le chemin du retour, durant les 45 minutes de voiture, je n’ai rien dit non plus. J’attendais qu’ils parlent, mais ils ne le faisaient pas. C’est comme si on était tous sous le choc en raison du prix.

J’avais 15 ans, et on s’entend, une carrière dans la lutte, c’était très hypothétique. Finalement, ils ont accepté de payer les 2000 $ pour 9 mois, mais je devais faire ma part, je devais commencer à travailler ici et là. La semaine d’après, ils avaient accepté l’option à 2000 $ pour 3 mois…

Mes parents me reconduisaient à mes cours 3 fois par semaine, mardi, jeudi et samedi. Mon père travaillait à Montréal. Donc, après sa journée de travail, il revenait à la maison, puis il me ramenait à Montréal. Ma mère, elle, était terrifiée à l’idée de conduire à Montréal. Elle avait eu son permis à 30 ans et simplement conduire dans les rues de St-Jean-Baptiste ou de Marieville lui faisait peur. Pourtant, elle a appris à conduire dans les rues de Montréal pour moi.

Et quand j’ai eu mon enfant, à 23 ans, ils m’ont vraiment aidé, mentalement et financièrement. On n’était vraiment pas prêts et sans eux, on aurait été dans le trouble.

C’est quelque chose d’avoir un enfant pour un jeune de 23 ans sans éducation et qui travaillait à l’époque dans une station-service. J’avais abandonné le cégep deux ans plus tôt. Ça ne cliquait pas. Je n’avais rien trouvé qui me plaisait car dans ma tête, tout ce que je voulais, c’est devenir lutteur. Il n’y avait aucun programme pour ça.

Mes parents m’avaient dit OK, tu veux lâcher le cégep, OK, tu veux faire de la lutte. Ils m’ont seulement demandé de me trouver un emploi à temps plein. Ils m’ont toujours appuyé dans mon objectif.

C’est pour tout ça que ma plus grande peur a été de les décevoir.

 

La WWE

 

Maintenant que je suis à la WWE, ce qui est vraiment fantastique, c’est que l’horaire n’est vraiment pas ce qu’on s’imaginait. J’ai deux enfants et je suis à la maison beaucoup plus que je ne le croyais. La WWE est aussi très compréhensive quand je ne suis pas disponible pour un spectacle. Il n’y a jamais de problème. Ils s’arrangent.

Toutes mes décisions et tous mes sacrifices ont pris du sens au cours des derniers mois. Et je dois beaucoup à ma femme et à mes parents.

Quand j’ai gagné le titre Universel, j’ai d’ailleurs tout de suite appelé ma femme et mes enfants. Après, j’ai parlé à mes parents. C’était trippant de partager ça avec eux. Quand je suis revenu à Montréal, pas besoin de vous dire à qui je suis allé montrer ma ceinture en premier.

 

***Kevin Owens est un lutteur de 32 ans qui a grandi notamment à Marieville au Québec. Après plusieurs années sur la scène indépendante, il a fait sa place à la WWE. Il a battu plusieurs grosses pointures de la compagnie, dont John Cena très tôt dans sa carrière, et il a été plusieurs mois champion Universel. Il a remporté le titre des États-Unis à WrestlaMania 33 en battant Chris Jericho.