Je suis parti début janvier, je suis revenu au Québec mi-février. 6 semaines loin de ma famille. J’ai trouvé le temps long…

Par Erik Guay

 

Quand je suis revenu des derniers Championnats du monde à Saint-Moritz, où j’ai gagné l’or en super-G et l’argent en descente, ça faisait 6 semaines que je n’avais pas vu ma femme et mes enfants.

Je suis parti début janvier pour la saison des classiques. Il y a eu Wengen en Suisse, puis Kitzbühel en Autriche, puis Garmisch en Allemagne. Les Championnats du monde ont suivi.

Il faut savoir qu’on arrive toujours une semaine avant les jours de course. Mercredi, jeudi et vendredi, on s’entraîne, puis samedi et dimanche on compétitionne. Les lundis, on voyage et les mardis, on se repose. Puis ça recommence la semaine suivante.

Je suis parti début janvier, je suis revenu au Québec mi-février. 6 semaines loin de ma famille.

C’est vraiment l’un des aspects les plus difficiles de la pratique de mon sport. Comprenez-moi bien, j’adore mon sport! Il m’a permis de voir des endroits incroyables partout à travers le monde, de skier sur les plus belles montagnes.

Mais après 15 ans, on connaît bien ces endroits. On retourne aux mêmes centres de ski hiver après hiver. Depuis que j’ai des enfants, j’ai un peu plus envie d’être à la maison, au Québec. D’habitude, je réussis à partir seulement deux semaines avant de revenir. Mais là, 6 semaines, j’ai trouvé le temps long.

J’ai trois petites filles. Logann, c’est la plus vieille. Elle a 8 ans et elle est en 2e année. La deuxième s’appelle Leni. Elle aura 4 ans au mois d’avril. La troisième, Marlo, a 3 ans. Je peux vous assurer que j’ai les mains pleines! Mais ce sont des petites filles actives qui aiment vraiment le sport.

Elles ont des caractères très différents. Logann est une sportive naturelle. Elle est comme ma femme, grande et mince, très athlétique. Mais pour la sortir dehors, je dois lui tordre un bras! Au moins, une fois que c’est parti, tout va bien. Ensemble, on joue au tennis, on fait du ski, des randonnées.

La deuxième est facile à vivre. Quand je lui demande si elle veut faire du vélo, si elle veut sortir, elle est toujours partante. C’est la sœur qui prend soin des autres.

Pour la plus jeune, quand elle voit qu’on se prépare pour aller dehors ou pour aller skier, elle veut toujours suivre ses sœurs. C’est la première à mettre son casque et ses bottes. Elle veut tout faire, mais elle fout le bordel un peu partout.

J’essaie de leur montrer l’importance de vivre une vie active. C’est ainsi que je vois mon rôle de père. En fait, c’est ce que j’essaie de faire avec tous les jeunes, pas juste les miens! Je tiens à initier mes enfants à tous les sports que je connais. Ensuite, je vois les intérêts qui se développent.

 

Une grande décision

 

Je n’ai pas toujours voulu des enfants. En fait, je n’y pensais pas du tout en vieillissant. Quand ma femme est tombée enceinte, ce n’était pas du tout planifié. Mais ça nous a forcé à parler de famille.

Erik Guay et sa femme Karen (Crédit : Blogue Mont Tremblant)

On était ensemble, on habitait ensemble, on avait une maison ensemble. Pourquoi pas? Après la première, on a décidé qu’on voulait vraiment une famille. Je ne l’ai jamais regretté.

Il faut dire que j’ai bien choisi ma femme, Karen. Elle est forte et je dois lui rendre hommage. Elle comprend ce que je fais dans la vie, et je respecte énormément ce qu’elle accomplit au quotidien. Avoir trois enfants prend beaucoup d’énergie, surtout que tu es seule à t’en occuper chaque hiver.

Ce n’est pas juste d’aller les reconduire à l’autobus, ce sont des cours de danse, de gymnastique, de ski, de tennis. Beaucoup de taxi et d’organisation.

J’ai encore frais en mémoire la fois où on a inversé les rôles. Ma femme était partie 4 jours à New York avec des amies et elle m’a laissé seul avec les trois enfants. Quand elle est revenue, c’est comme si j’avais fait une semaine d’entraînement sauvage! J’étais brûlé. Je n’en reviens pas qu’elle fasse ça tous les jours.

 

De longues absences

 

Janvier et février, c’est toujours le moment où je pars le plus longtemps. C’est très difficile. Cet été, je suis aussi parti 4 semaines et j’ai trouvé ça trop long. Je ne le referai plus. Pas plus de deux semaines à la fois l’été prochain.

Dans ma jeunesse, je partais en novembre et je revenais au Québec en mars. Je passais tout l’hiver en Europe. Mes parents et mes amis me manquaient, c’est sûr, mais j’avais mes amis aussi sur la route. Ça se passait bien.

Avec les enfants, je fais tout pour revenir à la maison, même si c’est seulement pendant 4 jours entre deux voyages en Europe. Ça me donne un petit repos, ça me permet de voir mes enfants, puis je peux recommencer.

Si je suis papa à la maison, je suis vraiment concentré sur le ski quand je repars. Sur la route, j’essaie de ne pas trop penser à ce qui se passe à la maison. Je trouverais ça trop difficile. Sinon, je me demanderais tout le temps ce que font mes enfants et j’aurais envie de leur parler.

Donc on se fait un calendrier. Par exemple, on se parle par skype aux deux jours. Ça me fait énormément de bien de leur parler par skype. Juste de les voir, de leur parler quelques minutes. Après, je recommence à penser à mon sport et j’essaie d’oublier ce qui se passe à la maison. Je me concentre sur ma carrière.

 

Skieur… et papa

 

C’est toujours spécial de revenir à la maison après être parti quelques semaines. Mes enfants sont excités de me voir à l’aéroport. Quand je reviens, j’ai le beau rôle, je suis le héros.

J’essaie d’aider le plus que je peux. D’abord pour soulager ma femme qui travaille très fort pendant mes absences, mais aussi parce que je veux passer le plus de temps possible avec mes filles. Comme en ce moment, après une semaine passée en Norvège, je les amène à tour de rôle faire du ski.

Capture d’écran

Le ski est un beau sport pour les enfants. C’est dynamique, c’est beau. Tu peux les amener en montagne, entourés d’arbres. Ils ont l’impression de vitesse. J’essaie de montrer à mes filles comment être heureuses avec le sport.

Je ne crois pas que les enfants ont changé ma manière de skier. On m’a souvent posé la question. Si je pense à mon rôle de papa, est-ce que ça me rend plus craintif sur les pistes, est-ce que je fais plus attention? Je ne pense pas.

Je me suis toujours dit que dès que j’aurais des doutes, des peurs, ce sera le moment de prendre ma retraite. Mais en ce moment, je n’ai aucun doute. J’ai encore les médailles en tête.

Au moins, je me dis qu’il ne me reste que quelques années. À ma retraite, je vais être à la maison à 100 %.

 

***Erik Guay est le meilleur skieur canadien de l’histoire. Il est deux fois champion du monde (descente en 2011 et super-G en 2017) et il est monté 24 fois sur le podium en Coupe du monde. Il a gagné le globe de cristal du super-G en 2010.

***Crédit photo : Haut – Blogue Mont Tremblant