J’ai reçu peut-être 300 coups de coude dans ce combat-là. J’ai été magané. Mais je me relevais toujours…

Par Patrick Côté

 

J’ai fait mes débuts à l’UFC le 22 octobre 2004.

Contre Tito Ortiz…

Ce gars-là, c’était mon idole. J’avais appelé mon chien Tito, c’était l’écran de veille de mon ordinateur! C’était l’une des plus grandes vedettes de l’UFC.

Ce soir-là, à l’UFC50, je devais affronter Marvin Eastman dans le premier combat de la sous-carte. Mais l’adversaire prévu d’Ortiz, Guy Mezger, a dû se désister à la dernière minute.

L’UFC s’est donc mis à la recherche d’un combattant pour sauver l’événement principal. Ils ont appelé tout le monde. Tout le monde a dit non. Personne n’était assez fou pour se battre contre Tito Ortiz à quatre jours d’avis.

Personne sauf moi. J’ai dit oui.

J’étais le dernier sur leur liste. On était à la veille de mon départ pour Atlantic City quand mon agent a reçu l’appel de l’UFC. Je croyais que c’était une blague. Ça faisait déjà quelques jours que j’en parlais avec mes entraîneurs, sourire en coin : « S’ils nous appellent, on va le prendre nous autres! »

Là, c’était vrai. On m’offrait le combat. J’en ai parlé avec mes entraîneurs et la décision a été facile à prendre. Tout le monde était all-in.

C’était une belle occasion pour moi. Je passais du premier combat de la carte préliminaire à l’événement principal de l’UFC 50. À mon premier combat UFC… Une grosse entrée en matière contre celui qui était mon écran de veille!

 

Atlantic City

 

Dès que je suis arrivé à Atlantic City j’ai commencé la bagarre verbale. Dans le fond, je savais que c’était la seule bagarre que je pouvais gagner. J’ai tout donné.

J’ai dit que mon chien s’appelait Tito parce que c’était un golden retriever, et que comme Tito Ortiz, il était inoffensif. J’en ai dit des niaiseries. Je n’avais rien à perdre. J’étais là pour gagner. J’étais arrogant.

Ça fait 12 ans et je me souviens de chaque détail de cette soirée. Je me souviens qu’Ortiz était immense. Je pesais 205 livres à ce moment-là et j’avais l’air d’un enfant à côté de lui.

 Quand je suis entré dans l’octogone, il y avait une section complète de Québécois qui s’étaient déplacés pour assister à la soirée. Ils tenaient des drapeaux du Québec et du Canada. Ils étaient venus encourager Georges St-Pierre qui se battait contre Matt Hughes pour le titre. Mais c’était aussi ma section. Tout le reste de l’aréna était derrière Ortiz.

Tout le monde pensait que j’allais me faire défoncer en 30 secondes. Mais à la 36e seconde du premier round, c’est moi qui ai ébranlé Ortiz. Ce qui devait arriver est arrivé ensuite. Mais je suis resté debout jusqu’à la fin et j’ai perdu par décision.

J’ai reçu peut-être 300 coups de coude dans ce combat-là. J’ai été magané. Mais je me relevais toujours.

Entre les 2e et 3e rounds, on était l’un en face de l’autre. On attendait le signal de l’arbitre. On ne le voit pas bien car la caméra est très loin, mais Tito Ortiz est venu au milieu de l’octogone me tendre le poing, pour me démontrer qu’il me respectait. Il savait que j’étais venu pour me battre.

Dans la 1re minute du 3e round, j’ai même réussi à donner quelques bons coups et à garder le combat debout. Je me suis senti comme dans le film Rocky, la foule a commencé à m’encourager! Jusqu’à ce qu’il me ramène à terre… J’imagine que la foule voulait me donner un petit encouragement de plus.

Je n’ai pas trop eu le temps de réfléchir à ce que je vivais, j’essayais surtout de me protéger. C’était le roi du ground and pound. Quand j’étais sur le dos, c’était impossible de me relever. À l’époque, je n’étais pas un combattant aussi complet qu’aujourd’hui.

Bref, j’ai eu un bon début… et une bonne minute au 3e round. Le reste du combat, je l’ai passé sur le dos à recevoir des coups de coude. Il me frappait et je lui disais « C’est juste ça que tu as?» Je n’avais rien d’autre pour essayer de le déconcentrer.

Au 2e round, je me souviens aussi que mes entraîneurs étaient tout éparpillés autour de l’octogone plutôt que d’être dans mon coin. Mon entraîneur de boxe était rendu dans le coin de Tito parce qu’il suivait l’action. C’était le chaos. Mais on a tous vécu ça ensemble et je n’ai aucun regret.

Après la combat, Ortiz m’a serré la main et il m’a dit « Tu as le cœur gros comme le terre, mais tu es dans la mauvaise division de poids». Ç’a été mon dernier combat chez les 205 livres. Au Canada, c’était correct. J’étais champion canadien. Je m’en sortais. Mais à l’international, j’étais beaucoup trop petit.

Le cœur, c’est pas mal tout ce que j’avais dans ce combat-là. Tu l’as ou tu ne l’as pas. J’ai toujours eu cette détermination. Il aurait fallu que je perde connaissance pour ne pas me rendre jusqu’au bout. Pendant le combat, l’arbitre m’a demandé si j’étais correct. J’ai levé le pouce. Même l’arbitre avait de la misère à le croire.

D’ailleurs, moi et Tito, on se parle encore aujourd’hui. Il a fait son dernier combat récemment et je l’ai appelé ensuite.

 

La suite

 

J’ai fait mon nom avec ce combat. C’est la meilleure chose qui soit arrivé dans ma carrière. Non seulement d’avoir accepté ce combat, mais de l’avoir perdu de cette manière-là. Aujourd’hui, je vis cette vie grâce à ce duel contre Ortiz. On a été assez opportunistes. J’ai perdu et c’est la meilleure chose qui me soit arrivé.

Après la combat, on savait qui j’étais. Encore aujourd’hui, quand on me présente, il y a des images de ce combat-là : la fois où j’ai fait la distance contre celui qui était au sommet.

Je n’ai pas eu le temps d’être nerveux. Ils m’ont appelé, j’ai pris l’avion et trois jours plus tard je me battais. Je n’ai pas eu le temps de penser que j’affrontais Tito Ortiz. Si j’avais eu un mois pour y penser tous les jours, ça aurait été pas mal différent. Je n’ai pas eu le temps de me perdre dans mes pensées.

Je considère que ce combat-là est le début de ma carrière. Sans ce combat-là, je ne sais pas ce que je ferais dans la vie aujourd’hui.

J’ai peut-être perdu le combat… mais j’ai gagné la soirée.

 

***Patrick Côté détient une fiche de 24-10-0. Il a d’ailleurs gagné 6 de ses 8 derniers combats dans l’UFC. À 36 ans, celui qui est aussi l’auteur du livre Tout est possible! et analyste d’arts martiaux mixtes à RDS et au 91.9 Sports vient de signer un contrat de 4 combats avec l’UFC.

***Crédit photos : Haut – UFC / Milieu – UFC / Bas – UFC

 

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