2014 a été l’année la plus exigeante psychologiquement de ma carrière…. Mais aujourd’hui, le soleil est revenu!

Par Patrice Bernier

 

Je suis capitaine de l’équipe qui a atteint la finale de l’Est. La saison s’est terminée avant le titre, mais ça reste l’un des plus grands moments de l’histoire de l’Impact de Montréal.

Il y a 5 ans, tout ça semblait tellement loin. Je pensais surtout à mon prochain match. Je m’étais fracturé un os de la jambe, à la fin de mon contrat au FC Nordsjaelland au Danemark. Je me demandais si à 32 ans mes plus belles années n’étaient pas derrière moi.

À quel point j’avais tort.

J’ai signé un autre contrat au Danemark… avec une petite clause me permettant de quitter pour la MLS. Au cas où. Après tout, l’Impact arrivait dans la grande ligue. Mais tout ça est passé bien près de ne jamais se concrétiser.

Jesse Marsh est venu me voir en Europe m’expliquer son plan. Ça m’a plu. Tellement que pendant mes vacances des fêtes à Montréal, tout s’est réglé.

Je m’étais promis de ne pas lire mes courriels. Mais quand mon agent m’a appelé, je n’ai pas pu résister. L’offre de l’Impact était alléchante et je suis passé de « je retourne au Danemark »  à… « je retourne jouer chez moi à Montréal. » Tout ça en une semaine.

Je m’étais promis que si je revenais jouer chez moi, j’y vivrais de belles années. Je voulais être là dès les débuts en MLS. Pas trop tard, juste pour dire.

J’ai été nommé capitaine en 2014. Davy Arnaud n’était plus là. J’avais été nommé joueur par excellence du club en 2012. J’étais allé au match des étoiles. Je comprenais Montréal. Tous les critères étaient cochés. Frank Klopas est arrivé à la même conclusion et j’ai reçu cet honneur.

L’entraîneur m’a dit qu’il me voulait comme capitaine, pour le joueur que j’étais, mais aussi car je représentais bien le club. Le moment était parfait. J’étais déjà l’un des visages du club, je n’avais qu’à ajouter les fonctions de capitaine. J’étais prêt.

 

2014…

 

Puis, 2014 est arrivée…

On a terminé derniers de la Ligue. Ç’a été l’année la plus exigeante psychologiquement de ma carrière.

Tu essaies de relancer le groupe, mais comme tu viens d’ici, ce n’est jamais assez. On se dit que je devrais pourtant faire comprendre aux autres l’importance de jouer à Montréal! Tous les yeux étaient rivés sur moi. Après tout, j’étais le seul joueur d’ici. On espérait que je replace l’équipe.

J’ai passé l’année à me poser des questions, à essayer de stimuler le groupe. Il n’y avait pas de résultats, les gens venaient moins au stade. Tu en viens qu’à penser seulement à l’équipe, tu ne penses même plus à tes propres performances. Mais sans performances, comment être un leader? Impossible. Sans performances, tu deviens comme les autres. C’est trop facile de te montrer du doigt.

Je pensais seulement à ce que je devais faire pour aider le groupe. J’ai vu les effets sur les gens autour de moi. Et j’ai vu les effets la saison suivante quand j’étais sans cesse laissé de côté. En fait, si la saison 2015 s’était terminée comme elle avait commencé, je ne jouerais plus au soccer à Montréal.

Ç’a été un moment catastrophique. Catastrophique car je jouais devant les miens. Catastrophique aussi car j’étais le capitaine de cette équipe.

Maintenant, j’ai Hassoun Camara, Evan Bush, Laurent Ciman. J’avais Didier Drogba. Le leadership de ce club est très fort. Quand ça ne va pas, quelqu’un d’autre prend le relais. Quand tu es seul, tu dépenses trop d’énergie. Je sentais des fois que je n’avais plus l’énergie de pousser les autres.

Maintenant, je connais mon équipe. On est perçu comme une équipe avec beaucoup de passion, mais on doit savoir garder la tête froide. C’est mon rôle. Mon côté terre-à-terre me permet de ne pas nous laisser emporter par les émotions. On doit les utiliser au bon moment et à la bonne place.

 

Drogba

 

Laissez-moi en terminant vous raconter ma première rencontre avec Didier Drogba.

Pas de grand discours, rien de spécial. Il s’est entraîné avec nous et s’est assis tout bonnement à sa place dans le vestiaire.

Il y avait une aura autour de lui. On connaissait tous son statut humanitaire.

Je me suis assis à côté de lui. Je lui ai demandé pourquoi. Pourquoi Montréal? Il pouvait aller où il voulait. J’étais heureux pour ce qu’il allait apporter à la marque de l’Impact, à l’engouement envers le club. Reste que… pourquoi?

Il a fait comprendre à tout le monde qu’il n’était pas ici en vacances. Qu’il était un maillon de la chaîne, qu’il n’était pas le sauveur. Il s’est entraîné avec nous, et ses performances ont fait le reste.

J’ai contribué à son adaptation. Je lui ai expliqué la réalité des médias qui sont chaque jour à l’entraînement. Je lui ai montré que Montréal était une belle place de soccer. Tranquillement, il a pris sa place. On connaissait le joueur, le mythe, on a découvert l’homme.

Ç’a fait boule de neige. Le soleil est revenu.

Un entraîneur d’ici en Mauro Biello, une légende qui marque but après but, et tout d’un coup on parle de l’Impact autant qu’on parle du Canadien. Je suis chez moi, avec le club qui m’a vu grandir, et j’étais assis à côté d’une légende.

Cinq saisons, 3 présences en séries, la finale de l’Est, Didier Drogba… Cinq saisons, ça passe vite. Et j’ai été, et je le serai encore pour la prochaine saison, le capitaine de cette grande équipe.

 

***Patrice Bernier est l’un des meilleurs joueurs de soccer québécois de l’histoire. Il jouera la saison prochaine sa 18e et dernière saison professionnelle. 
Nommé capitaine de l’équipe au début de la saison 2014, Bernier est très impliqué dans la communauté. Il l’a encore prouvé le 11 février dernier en organisant un événement pour la Maison d’Haïti.

***Crédit photos : Haut – Reuters / Milieu – Impact de Montréal / Bas – Impact de Montréal