Quand Diane m’a dit qu’elle voulait que l’on devienne famille d’accueil, j’ai écouté attentivement. Un couple, ce n’est pas un one man show.

 

Par Gilbert Delorme

 

J’ai rencontré ma femme en 1983. Elle s’appelle Diane. En juin prochain, ça va faire 34 ans qu’on est ensemble.

Elle travaillait avec ma sœur au magasin La Baie de St-Bruno. À l’époque, je jouais pour le Canadien. J’allais souvent dîner avec ma sœur, et un jour, je lui ai demandé d’inviter Diane. C’est parti de là.

On s’est mariés le 14 juin 1986. Elle m’a toujours suivi, partout, avec nos trois enfants. St. Louis, Québec, Detroit, Pittsburgh, Muskegon, Kalamazoo, Winnipeg… Elle trouvait les médecins, les gardiennes, les écoles, les maisons.

Les femmes de joueurs de hockey n’ont pas assez de crédit. Elles sont la fondation de nos familles. La vie d’un joueur de hockey, c’est ça. Tu es à Dallas, tu appelles ta femme, les enfants ne vont pas bien… Tu ne peux rien faire! Tu te sens tellement mal.

En plus, on est bougonneux quand on joue mal…

Quand Diane m’a dit en 1995 qu’elle voulait que l’on devienne famille d’accueil, j’ai écouté attentivement. Son opinion est aussi bonne que la mienne. Un couple, c’est donnant-donnant, ce n’est pas un one man show.

J’étais en accord avec son idée, ça avait du bon sens. On a décidé de plonger…

 

Un projet sur la glace

 

En 1995, quand on est revenus des États-Unis à la fin de ma carrière de joueur, ma femme m’a dit pour la première fois qu’elle voulait que l’on devienne famille d’accueil. Nos voisins travaillaient pour la DPJ, l’idée avait piqué sa curiosité.

Mais nos enfants étaient jeunes, ma plus jeune avait 5 ans. On voulait le faire, mais j’ai obtenu un emploi comme entraîneur adjoint avec le Moose du Manitoba dans la Ligue internationale.

On a mis le projet de côté.

En 1999, on est revenus à Montréal et je me suis joint au Rocket. J’ai été là 4 ans. Puis, on a eu un restaurant Tim Horton’s durant 10 ans.

Tout ce temps-là, le projet n’est jamais parti. On aime rendre service. On aime recevoir des gens à la maison. On aime avoir du monde heureux autour de nous.

C’est un peu ce qu’on vivait avec le Tim Horton’s. Je me souviens d’un jour, il y avait une panne d’électricité près du restaurant, et notre machine Interac s’est brisée. Ma femme a décidé de donner la nourriture car les gens n’avaient pas mangé. Pouvez-vous croire que le plupart sont revenus nous rembourser dans les jours suivants!

En plus, on s’assurait toujours de donner nos muffins, nos beignes et nos bagels au centre de bénévolat de la région. On ne pouvait pas s’imaginer jeter toute cette nourriture.

Après avoir vendu le Tim Horton’s, je pense qu’on s’est ennuyé. Mes enfants volaient de leurs propres ailes. On a décidé d’envoyer une application pour devenir famille d’accueil à court terme.

Les agents de la DPJ ont enquêté sur nous. Ils ont tout regardé, ils ont fouillé notre passé, ils ont fait des entrevues individuelles avec ma femme et moi. Ils ont simulé des mises en situation. Ils ont posé des questions sur absolument tout… et c’est tout à fait normal!

On est passés à travers le processus et immédiatement on a été contactés.

 

Johnny

 

On faisait affaire avec le Centre jeunesse de la Montérégie. Il y avait un cas particulier, un petit garçon avec un handicap mental et un retard physique. Ils nous ont demandé si ça nous intéressait. On est allés voir le petit garçon, la DPJ est venue à la maison.

Même les parents du petit garçon sont venus… Je peux vous dire que ce sont des rencontres assez particulières. Ce sont des familles brisées, l’atmosphère est tendue.

Mais on a embarqué. Le petit gars s’appelle Jean-Marc (nom fictif). On l’appelle Johnny. Il est arrivé à trois ans et demi dans notre maison et il ne marchait pas, il ne parlait pas. Il se tenait à peine assis. Notre mission était de le stimuler, lui faire faire des exercices.

L’amour que tu lui donnes, les progrès qu’il fait, c’est magique…

On l’a eu avec nous durant 3 ans, de 3 à 6 ans, jusqu’à cet été. Au début, il ne riait pas, il n’avait pas d’émotions. Ce sont des enfants qui n’ont jamais été stimulés, qui n’ont jamais été touchés. Ils ne savent pas c’est quoi se faire caresser, se faire donner des becs.

Avec le temps, il a commencé à se tenir debout, il était plus fort, il riait. Le Centre de réadaptation en déficience intellectuelle (CRDI) nous prêtait des marchettes, des tricycles adaptés pour nous aider.

Parce qu’en fait, ce n’était pas un cas de DPJ. C’était un enfant du CRDI. Aujourd’hui, il est avec une famille mieux adaptée à sa condition. On n’avait pas tous les outils adaptés, mais ce n’était pas grave.

Laissez-moi vous dire que ce n’est pas long que tu tombes amoureux. C’est très valorisant. On le voit encore souvent, toutes les semaines. On va le faire manger à l’école le mardi, il vient nous voir au chalet. Il chante, il a progressé, on l’amène partout. Il se couche de bonne humeur, il se lève de bonne humeur.

On a fait ce qu’on a pu pendant 3 ans et ç’a été très valorisant. Ça remet les choses en perspective.

 

Une petite fille

 

C’était dur de laisser aller Johnny, mais ça faisait déjà quelques mois qu’on avait accueilli une petite fille. Elle s’appelle Laura (nom fictif). Ça fait un an qu’elle vit avec nous et elle a aujourd’hui 26 mois.

Elle est complètement normale, mais quand on l’a eue à 14 mois, elle ne marchait pas, elle ne faisait rien. Vous savez, quand les agents de la DPJ décident d’entrer dans une maison car la mère ne répond pas et qu’ils découvrent le bébé couvert d’excréments et entouré de bouteilles de lait caillé, ce n’est pas un bel environnement.

Il y a des parents qui ne méritent pas d’enfants… ils mériteraient de se faire arracher la tête…

Ils nous l’ont amenée un soir en décembre. Tu ne sais pas si elle est allergique, tu ne sais pas si elle a une condition particulière, tu ne sais rien. On a été chanceux, elle n’avait rien, mais elle avait été nourrie au lait au chocolat et au Pepsi. Pendant 2 ou 3 semaines, elle était en désintoxication de sucre. Elle faisait des crises tous les jours. On sortait prendre des marches pour la calmer à 3h du matin.

Tranquillement, elle s’est calmée, et elle est adorable. Elle pousse la marchette de Johnny. Elle marche, elle court, son évolution physique et mentale… c’est beau. C’est valorisant. On sait qu’elle sera adoptée, et on sait même par qui. C’est une de nos amies qui va l’adopter. La première fois qu’elle l’a vue, elle est tombée amoureuse. Elles ont une bonne relation. En plus, on va toujours pouvoir rester en contact.

On espère pouvoir continuer durant 4 ou 5 ans encore à aider les enfants.

En fait, j’ai toujours aimé les enfants. J’étais le grand-papa gâteau. À l’époque où je jouais dans la LNH, quand on revenait au Québec l’été, on restait sur le bord de l’eau à St-Charles. On avait un grand terrain, un peu comme un camping.

Il y a plusieurs jeunes autour, et tous les soirs, ils se regroupaient chez moi. Ils pouvaient être 15, 20, ils m’attendaient. C’est moi qui avais les gants de baseball, les bâtons, les balles, et on jouait au baseball sur le bord de l’eau.

Je lançais pour les deux équipes. Les parents disaient que j’étais bon avec les enfants, mais que vouliez-vous que je fasse? Rester assis sur le bord d’un feu à prendre de la bière, je ne fais pas ça. Mes trois enfants jouaient au baseball, on avait du fun, après on allait se baigner. Si le petit restaurant était encore ouvert, on allait chercher de la crème glacée.

J’ai laissé une grande place au projet de ma femme car elle m’a suivi durant toutes ces années. Je ne l’ai jamais regretté. Grâce à elle, aujourd’hui, j’ai 3 enfants, 2 petits-enfants… et j’ai pu en aider 2 autres.

 

***Gilbert Delorme a disputé 9 saisons dans la LNH, dont 3 avec le Canadien de Montréal. Il s’est ensuite tourné vers des fonctions d’entraîneur, notamment à titre d’entraîneur adjoint pour le Rocket de Montréal. Il est aujourd’hui commentateur sportif au 91.9 Sports et à RDS (L’Antichambre et Entre 2 Matchs).

***Crédit photos : Haut – Courtoisie / Milieu – Thunder Bay NewsWatch / Bas – 91.9 Sports

***À la demande de la DPJ, il est impossible de montrer des images des enfants ou de dévoiler leur véritable nom.