«Le mercredi avant le match du 22 novembre, pour la première fois, j’ai entendu ces mots : En attaque, The Frenchman.»

Par Laurent Duvernay-Tardif

C’est arrivé le 22 novembre 2015 contre les Chargers de San Diego.

Chaque mercredi, coach Reid annonce qui seront capitaines pour le prochain match. Pour la première fois, j’ai entendu ces mots : En attaque, The Frenchman.

Cette fois-là, c’est comme ça qu’il m’a appelé. J’ai plusieurs surnoms, mais jamais Duvernay-Tardif. Trop difficile à prononcer. Je ne serais pas surpris d’être le joueur de la NFL avec le plus de surnoms… Doc, Canadian Brother…

Dans le vestiaire des Chiefs, tout le monde est respectueux. Mais à ce moment, je me suis vraiment senti à ma place. Que je faisais partie de cette symbiose. Quand les vétérans te regardent et sentent qu’ils peuvent compter sur toi. Quand le secondeur Justin Houston vient te voir pour te dire « You make mistakes, but you work your ass off. » Je ne suis pas parfait, mais je n’abandonne jamais.

Ça veut dire beaucoup pour moi.

Surtout à ce moment-ci de ma carrière.

Ma première saison comme partant en 2015 a connu des hauts et des bas. J’ai été partant les 3 premiers matchs, avant de perdre mon poste. Ça n’allait pas.

Mais l’équipe n’allait pas mieux. Donc, l’entraîneur m’a donné une autre chance. Je devais vivre des situations de match. Le genre d’expérience qui ne se gagne pas à l’entraînement. À ce moment, j’étais loin de penser que je n’allais plus perdre un match de la saison.

C’est fou comme dans un vestiaire tout change quand tu prends ton rythme. L’ambiance change complètement. Et j’étais là, avec mes coéquipiers.

Tu joues pendant 4 heures et tu apprends à connaître quelqu’un comme si tu l’avais fréquenté pendant des années. Enchaîner les victoires a servi de catalyseur pour l’équipe, pour notre chimie, et pour moi aussi.

J’ai pris confiance. Et ça m’a mené au fameux 22 novembre 2015.

Ce moment a été un point culminant de ma carrière. Fini le syndrome de l’imposteur. Je faisais partie de l’un des 32 groupes sélects de la plus grande ligue de football au monde.

J’ai repensé au chemin parcouru. J’ai repensé à mon premier essai dans la NFL…

 

Un long chemin

 

Je me suis présenté à mon 2e camp avec les Chiefs en 2015 avec l’objectif d’être partant. Sans vraiment savoir ce que ça voulait dire. Je voulais juste être partant.

Le camp est pratiquement inhumain. C’est très difficile physiquement et mentalement. Mais j’ai fait ma place, et à la fin du dernier match présaison, je me suis rendu compte que la vraie saison commençait.

Puis, j’ai regardé le calendrier.

Je jure que je ne l’avais pas fait avant. Je n’avais pas la tête à ça. J’ai vu que j’allais affronter les Texans de Houston.

Je ne savais pas vraiment comment me préparer pour une semaine de match, comment bâtir ma confiance pour faire face à un stade hostile. Et surtout, comment faire face essai après essai à JJ Watt et Vince Wilfork.

Je me rappelle le moment. Ce premier match. Le match était à midi. J’étais dans le vestiaire à 9h à réviser mes notes. J’étais prêt. J’étais en paix avec moi-même. Le vendredi, j’avais décidé de lâcher prise, d’arrêter de me stresser. De toute façon, je n’avais rien à perdre.

En arrivant sur le terrain à Houston, avec toute la foule qui te hue, c’est comme un mur d’énergie qui te rentre dedans. C’est fou. On avait le premier jeu du match. J’ai levé la tête et j’ai compris la grandeur du moment en voyant le cadran : 15 minutes, 1er quart, 1er essai.

J’ai pris position. J’avais Vince Wilfork devant moi, et JJ Watt sur le côté.

L’adrénaline était au maximum.

Je me souviens du premier jeu. J’ai pris mes pas et Wilfork m’avait déjà dépassé! Je me suis dit Mon Dieu, c’est ça la vitesse! Je ne serai jamais capable de suivre! Puis, j’ai vu le mouchoir. Il était hors-jeu… et une chance qu’il l’était.

Le premier bloc que j’ai fait dans la NFL, c’était d’ouvrir vers la gauche pour une course à mon opposé. Bref, je devais gagner ma position contre Wilfork.

Mais après quelques essais, tu oublies la foule, tu oublies le bruit, tu oublies tout. Tu joues ton match et tu répètes ce que tu as fait à l’entraînement. J’ai eu des un contre un contre JJ Watt au cours du match. Je les ai revus plus tard et je vous assure que c’était loin d’être parfait.

Mais on a fait 3 touchés en première demie et on a gagné 27-20.

Et en date du 26 décembre 2016, j’ai gagné 21 de mes 25 derniers matchs… et je suis officiellement en éliminatoires.

 

***Laurent Duvernay-Tardif est joueur de ligne offensive pour les Chiefs de Kansas City. Cet ancien de l’Université McGill complète également ses études en médecine. Malgré tout, l’homme de 25 ans originaire de Mont-St-Hilaire n’hésite jamais à donner de son temps pour diverses causes qui lui sont chères. Il a été en 2014 le premier Québécois repêché dans la NFL depuis 2001.

***Crédit photos : Haut : laurentduvernaytardif.com / Milieu : Site officiel des Chiefs / En bas : capture d’écran de RDS.ca